Transcript

Commentaire
La science fait partie intégrante de notre vie quotidienne, et certains sujets sont délicats à traiter.
Pierre Saliot
Il y a beaucoup de dialogues qui conduisent au choix de ce qui sera dans l’exposition. Plus le sujet est délicat, plus le dialogue qui va préparer sera important. On va même, dans pas mal de cas, avoir un dialogue avec des visiteurs de la Cité pour leur demander comment on pourrait aborder, ou comment ils sentent un point délicat.
Commentaire
Un sujet délicat, celui du SIDA, est présenté ici au moyen d’un livre parlant.
Le livre parlant
J’ai appris ma séropositivité, euh, suite à une visite médicale au sujet de plaques rouges qui étaient apparues sur ma peau. Quand un médecin vous annonce ça, et que vous ressortez dans la rue, c’est comme si vous atterrissiez sur une autre planète.
Pierre Saliot
Il y a les points délicats vus du côté des visiteurs, mais il y a aussi les points délicats vus d’aut… vus du côté, dans certains cas, des promoteurs de l’exposition ou des partenaires de l’exposition. Si l’on prend par exemple le cas de l’exposition sur l’énergie, il a fallu négocier, très longuement, très durement entre les, les industriels du nucléaire, euh, les amis de l’environnement, euh, les industriels qui se disaient amis de l’environnement. Négociations difficiles qui permettent les trois-quarts du temps de progresser et d’aboutir, quelquefois à des supports très modestes, quelques phrases écrites, mais qui font avancer un peu les choses et qui font que ce dialogue est devenu une forme d’objet de musée.
Commentaire
Un sujet peut donc être délicat d’un point de vue social, mais également politique.
Pierre Saliot
J’évoquais l’énergie, euh, qu’on a traitée ; c’est un, c’est un sujet délicat, puisque c’est un choix de société. La France, on le sait, s’est engagée, euh, dans la voie nucléaire. C’est un sujet délicat. On a traité, j’évoquais le, les dialogues nombreux qu’il y a eus autour de ce sujet ; on ne vient pas au bout d’un sujet délicat. On présente des points de vue. Je crois que… un sujet délicat, euh, trouve son expression dans des regards différents qui respectent des points de vue différents.
Commentaire
Certains phénomènes scientifiques sont très abstraits. Il semble presque impossible qu’un musée puisse les expliquer clairement, et les présenter de manière concrète. C’est un enjeu fascinant pour les créateurs d’exposition, les muséologues.
Pierre Saliot
La question de, je dirais de la science immontrable, euh, la science conceptuelle, ce que j’appellerais, moi, la « nanomuséologie », ou la « macromuséologie », euh, c’est-à-dire les extrêmes dans lesquels œuvre actuellement beaucoup la science, hein. Jusque-là, les musées : lieux de vérité. Pourquoi ? Parce qu’ils présentaient les objets eux-mêmes, la réalité, exactement, euh, comme les musées d’art présentent les originaux des œuvres. Euh, le musée était un lieu de vérité. S’il veut rester un lieu de vérité, quand il va montrer ce qui n’est pas montrable, parce que trop petit, immontrable, je dirais, euh, parce que trop extraordinaire, trop grand, il n’y a plus d’objet. Je crois que, ce qui peut nous aider, c’est que la sensibilité humaine et l’imagination humaine n’a pas plus de limites que l’univers. À côté de ça, il y a des choses qu’on ne peut pas montrer. Le, le principe d’incertitude, qui fait que l’observateur quand il observe, perturbe l’observation, au niveau bien sûr subatomique, au niveau des particules. C’est ce qui constitue la base de la physique moderne.
Commentaire
Mais alors, comment montrer l’immontrable ?
Pierre Saliot
On va faire entrer le visiteur dans une allégorie par exemple, pour lui montrer ça. C’est le chant du rossignol. Le rossignol chante la nuit, hein ? Et si on éclaire le rossignol, c’est le jour, et il ne chante plus.