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Module 4 : Partenaires

4.1 Présentation du Module 4 : Le pouvoir de l’action collective

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Membres de la Farmer Field School (FFS) chantant une chanson qu’elles ont composée sur l’importance des semences lors d’une réunion de groupe dans la municipalité rurale de Jorayal, au Népal.

Le pouvoir est entre les mains des citoyen·nes. Comme vu dans le module précédent, le pouvoir collectif et le pouvoir intérieur sont deux expressions du pouvoir pouvant être exploitées de manière très efficace pour faire bouger les choses. Ce module explique en détail pourquoi il est fondamental de travailler avec les autres pour parvenir au changement.

Nous avons déjà identifié certaines caractéristiques des acteurs et actrices du changement efficaces, comme une bonne connaissance de sa propre identité et de ses préjugés potentiels, et la volonté de s’adapter et de changer en fonction de la dynamique du pouvoir et de l’évolution du système économique, politique et social. Les acteurs et les actrices du changement doivent apprendre à mieux « danser avec le système » en s’adaptant au caractère changeant des possibilités et des menaces, en faisant preuve d’une curiosité inlassable pour leur environnement et en comprenant comment les autres se mobilisent et réagissent au contexte, plutôt que de se cantonner à leurs propres projets.

Dans ce module, nous nous intéresserons d’un peu plus près aux qualités que vous possédez peut-être déjà, ou que vous souhaitez cultiver, lorsque vous menez le changement et lorsque vous vous joignez à d’autres pour que le changement se produise.

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Résultats d’apprentissage

À la fin de ce module, vous saurez :

  • comprendre les avantages du travail en équipe ;
  • reconnaître les caractéristiques des acteurs et actrices du changement efficaces ;
  • comprendre ce qu’est un leadership féministe performant pour le changement.

4.2 Quel est le pouvoir de l’action collective ?

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Mariatu Lovenatu Masaray, Aminata Mansaray, Ramatu Baby Kamara et Magdalene Bangura sur leur exploitation de manioc d’un peu moins de 6 hectares. Elles sont membres de Feminet, un réseau de femmes pratiquant le pastoralisme.

Il est essentiel de travailler avec les autres sous la forme de partenariats, de coalitions et d’alliances, et en soutien à des mouvements plus larges, pour renforcer le pouvoir collectif. En voici quelques avantages :

  • Identifier de nouvelles idées et approches, en valorisant la diversité des points de vue.
  • Atteindre et mobiliser davantage de personnes.
  • Définir des agendas communs, ce qui permet une meilleure coordination.
  • Parler d’une voix plus forte et plus crédible.
  • Réduire certains risques en faisant corps.
  • Partager les compétences, en reconnaissant que les différentes parties prenantes ont des atouts différents.
  • Réduire la concurrence sur les ressources et éviter de travailler en parallèle ou à contre-courant.

La liste n’est pas exhaustive ; il existe de nombreux autres avantages.

Activité 4.1 : Le pouvoir de l’action collective

Timing: Temps imparti : 5 minutes

Selon vous, pourquoi est-il si important de travailler avec d’autres personnes pour parvenir à un changement ? Pouvez-vous citer des exemples où l’action collective a été particulièrement efficace ?

Ajoutez vos réflexions dans la zone de texte ci-dessous, dans le document « Plan de mise en œuvre du changement » ou dans votre carnet de notes.

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4.3 Qu’entendons-nous par « action collective » ?

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Membres du groupe Äôs, un groupe de femmes syriennes réfugiées à Tripoli qui luttent contre les violences basées sur le genre.

L’action collective, c’est-à-dire le fait de travailler avec d’autres personnes, est un élément essentiel du changement. Il s’agit d’une forme de « pouvoir collectif » qui est plus efficace que si chaque personne concernée travaille dans son coin.

L’action collective peut s’exercer au niveau d’une communauté locale. Elle peut aussi s’attaquer à des problèmes sociaux et politiques systémiques à plus grande échelle, où les mouvements sociaux peuvent jouer un rôle important au niveau national ou au-delà des frontières.

Partout dans le monde, les mouvements sociaux contribuent grandement au changement. Vous avez peut-être déjà participé à un ou plusieurs mouvements de ce type pour laisser s’exprimer votre passion pour le changement.

Qu’il s’agisse de lutter contre les violences et l’impunité, de plaider en faveur d’un régime plus démocratique ou de porter des revendications plus spécifiques comme une réforme agraire, le droit de se marier, des politiques de lutte contre le changement climatique ou l’adoption de lois sur le contrôle des armes à feu, c’est souvent le pouvoir de personnes qui s’organisent, manifestent dans les rues et se coordonnent sur les réseaux sociaux qui joue un rôle prépondérant pour faire pression en faveur du changement.

Le fait de s’organiser ainsi de manière transversale et de bâtir une solidarité autour d’identités et de griefs communs peut engendrer un grand pouvoir, même si les objectifs globaux ne sont pas forcément atteints.

Les mouvements d'activistes dans le domaine du handicap, de personnes noires, issues de peuples autochtones et non blanches, de femmes, de personnes transgenres, d’étudiant·es ou de travailleurs et de travailleuses de l’industrie textile défendent le principe « Rien sur nous sans nous ». Participer à ces mouvements, c’est nourrir l’espoir d’être directement impliqué·e dans la construction d’un monde meilleur. Les activistes qui ne sont pas sur le terrain sont de plus en plus encouragé·es à soutenir ces mouvements et à veiller à ne pas entraver le leadership et l’action au niveau local. Selon la problématique, vos allié·es naturel·les seront très probablement d’autres individus et groupes de la société civile locaux, à savoir les personnes qui sont directement touchées par une problématique particulière et dont vous pouvez également défendre la cause en leur apportant votre sensibilité et un réel soutien.

Dans votre démarche pour faire changer les choses, vous serez peut-être amené·e à travailler avec des personnes indécises, qui ne sont pas pleinement conscientes de l’importance de l’enjeu ou qui ne le comprennent pas. Les personnes qui feront directement ou indirectement obstacle à votre changement en feront probablement partie. Cela devrait également vous inciter à réfléchir soigneusement à votre rôle, à votre propre pouvoir, à la manière dont vous ou votre organisation êtes réellement perçu·es, et à ce que cela implique dans votre façon de travailler avec les autres.

L’action collective peut amener à travailler avec des personnes ou des groupes dont les point de vue divergent, avec des expériences de vie variées ou des idées différentes sur la manière dont le changement se produit et sur les priorités. Ainsi, tout en tissant des liens avec des personnes et des organisations qui partagent les mêmes idées que vous et qui défendent votre cause, vous devrez peut-être aussi tendre la main à d’autres personnes ayant un profil différent du vôtre, mais qui pourraient servir votre cause. Il s’agit de personnes ou d’organisations susceptibles d’être respectées et écoutées par celles et ceux qui détiennent le pouvoir de décision, comme les dirigeant·es d’entreprise, les universitaires ou les chambres de commerce locales.

4.4 Comment collaborer avec d’autres pour obtenir des changements

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Daw Ma Khine Oo est l’incarnation d’un leadership féminin efficace. Avec le soutien d’Oxfam, Daw Ma Khine Oo est très active au sein de sa communauté, défendant les besoins de celle-ci et soutenant les autres lorsque leurs droits sont bafoués.

Nous connaissons toutes et tous des exemples stimulants de mouvements nationaux ou mondiaux en faveur du changement. Voici deux études de cas illustrant le pouvoir de l’action collective dans des communautés où, malgré des contextes locaux difficiles, l’action citoyenne a permis de changer les politiques, les pratiques, les attitudes et les comportements au niveau local.

Un groupe a renforcé son pouvoir de négociation en travaillant ensemble, tandis que l’autre a aiguisé son pouvoir de persuasion en faisant campagne ensemble.

Petit vaccin contre les violences domestiques

À partir de janvier 2020, de nombreuses villes chinoises, dont Wuhan, sont confinées en raison de l’épidémie de COVID.

Au début du confinement, Guo Jing se sent vulnérable et impuissante face à l’augmentation spectaculaire du nombre d’infections. Elle commence à communiquer régulièrement avec ses amies en ligne et crée après quelques jours un groupe WeChat de soutien à la cause féministe. Le groupe aborde le confinement à travers un prisme féministe, discutant des moyens de faire face aux impacts sociaux et explorant des stratégies pour aider les individus à surmonter un sentiment de vulnérabilité, en particulier pour les jeunes femmes comme elles.

Au cours de leurs discussions, elles réalisent que l’épidémie exacerbe les discriminations sexuelles et les violences domestiques à l’encontre des femmes. Enfermés dans un espace confiné pendant une longue période, de nombreux hommes évacuent leurs frustrations refoulées sur les membres de leur famille.

Guo et ses amies décident de lancer une campagne intitulée « Petit vaccin contre les violences domestiques ». Le groupe publie une lettre ouverte en ligne appelant à mettre fin aux violences domestiques et encourageant les gens à copier ou à imprimer la lettre et à l’afficher dans les espaces publics. La réponse ne s’est pas faite attendre : « En l’espace de quelques heures, plusieurs milliers de personnes se sont portées volontaires pour devenir des "petits vaccins". » De nombreuses personnes ont composé le numéro de téléphone de la ligne d’assistance dédiée aux droits des femmes, gérée par la Fédération nationale des femmes de Chine, afin de s’assurer qu’elle était bien opérationnelle. D’autres ont apporté leur témoignage sur les violences domestiques dont elles avaient fait l’objet. Le compte Weibo de la campagne a été consulté plus de 8 millions de fois, avec de nombreux commentaires en soutien de la campagne. Une participante a déclaré : « Nous devrions toutes devenir des spectatrices actives et refuser de rester silencieuses face aux violences domestiques qui nous entourent ! »

Le militantisme féministe est un sujet politiquement sensible en Chine. Mais il est possible de lutter contre les violences domestiques, moyennant la bonne approche. La campagne a attiré quelques hommes et a reçu le soutien de parents. Elle est un bon exemple d’activisme en temps de crise et d’état d’urgence. L’esprit collectif et l’intensité émotionnelle générés peuvent être mobilisés à des fins militantes, et les effets peuvent être plus puissants qu’en temps normal.

Des femmes œuvrant pour la paix au Yémen plaident pour la réouverture de l’aéroport de Riyan

Le conflit au Yémen a plongé le pays dans l’une des pires crises humanitaires au monde. Selon les Nations Unies, plus de 21 millions de personnes au Yémen ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence. Les citoyen·nes yéménites n’ont pas accès aux fournitures médicales ni aux denrées alimentaires et ne sont pas libres de circuler dans le pays ou à l’étranger. Les femmes et les jeunes filles sont soumises à des restrictions de circulation encore plus contraignantes. Malgré les difficultés et la participation limitée des femmes dans l’arène politique, les femmes œuvrant pour la paix au Yémen travaillent sans relâche pour alléger les souffrances de leurs communautés.

Dans la ville côtière de Mukalla, capitale du gouvernorat de l’Hadramaout, l’aéroport international de Riyan a été fermé en avril 2015 après la prise de contrôle de la ville par Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQAP). Bien que la ville ait été libérée d’AQAP l’année suivante, l’aéroport est resté fermé. Sans accès à l’aéroport, les habitant·es de Mukalla doivent parcourir plus de 300 km sur des routes dangereuses pour se rendre à l’aéroport de Say’un. Pour les personnes souffrant de pathologies graves, ce périple était dangereux, voire impossible.

Un groupe de femmes de l’Hadramaout a commencé à plaider en faveur de la réouverture de l’aéroport de Riyan. La campagne s’est articulée autour de deux axes : d’une part l’organisation de réunions avec les principales parties prenantes et les décisionnaires afin de faire pression pour la réouverture de l’aéroport, et d’autre part l’utilisation de moyens créatifs pour sensibiliser la communauté et gagner le soutien du public.

Ce groupe de femmes a utilisé l’art et les rassemblements communautaires pour son travail de sensibilisation et de plaidoyer. Il a produit un court métrage illustré intitulé « The Longest Way to Our Dreams » (Le chemin le plus long vers nos rêves), qui met en scène une jeune fille victime d’un accident de voiture qui a bouleversé sa vie et qui n’a pas pu se faire soigner à cause de la fermeture de l’aéroport. Il a organisé des rassemblements communautaires au cours desquels les personnes touchées par cette fermeture ont pu raconter leur histoire. Il a ensuite compilé dix de ces récits personnels dans une brochure intitulée « Unforgettable » (Inoubliable), qui contient des histoires, des dessins d’enfants et des poèmes décrivant les souffrances causées par le conflit au Yémen.

En janvier 2019, le gouverneur de l’Hadramaout a accompagné ce groupe de femmes œuvrant pour la paix lors d’une visite à l’aéroport de Riyan. Cette visite a été couverte par les chaînes de télévision et les médias locaux, et largement diffusée sur les réseaux sociaux. Le gouverneur adjoint chargé de la jeunesse dans l’Hadramaout a déclaré : « Grâce au réseautage et au travail de plaidoyer, ces femmes ont pu faire remonter de manière pacifique leurs demandes aux responsables des autorités locales et aux décisionnaires... Elles ont toutes leur place dans des postes à responsabilité. » Le gouverneur de l’Hadramaout a demandé à l’ensemble des employé·es de l’aéroport de reprendre leur poste en avril 2021.

Lors de la cérémonie de clôture de la campagne de sensibilisation, une membre du groupe de femmes de l’Hadramaout a déclaré : « Nous avons prouvé que les femmes peuvent faire la différence. Nous avons atteint les objectifs que nous nous étions fixés au lancement du projet et nous continuerons à défendre diverses priorités pour la communauté. »

4.5 « Rien sur nous sans nous »

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Basanti Sunar (à gauche) et Maya Devi Sunar, membres d’un groupe de femmes au Népal.

Ces deux études de cas démontrent que travailler avec d’autres personnes augmente les chances d’apporter un changement pertinent pour un plus grand nombre de personnes.

Consultez les personnes pour lesquelles vous souhaitez apporter un changement. Ne partez jamais du principe que le changement visé correspond aux aspirations et aux besoins de la communauté. Vous avez plus de chances de trouver des solutions et d’instaurer un changement durable en écoutant et en examinant ensemble la problématique du changement. Intervenez aux côtés des personnes plutôt qu’en leur nom.

En tant qu’acteur ou actrice du changement, vous pouvez faire partie ou travailler directement avec des personnes ou des groupes marginalisés ou exclus de la société. Le cas échéant, le principe « Rien sur nous sans nous », s’applique. Autrement dit, ne proposez rien et ne prenez aucune décision sans leur participation active au processus de prise de décision.

La diversité des voix et des points de vue permet d’approfondir et d’élargir l’expérience sur votre problématique du changement. Elle peut également contribuer à compenser les suppositions et les préjugés inconscients évoqués lors du Module 1. Chaque groupe inclut des personnes dont les expériences recoupent celles d’autres groupes, de sorte que les inégalités peuvent s’exprimer de multiples façons. C’est pourquoi il est important d’inclure activement les personnes ayant des identités sexuelles et de genre, des identités raciales ou ethniques, des religions, des classes, des capacités physiques et mentales, des statuts migratoires et des âges différents.

Si vous n’êtes pas directement concerné·e par la problématique du changement, vous devez spécifier clairement votre rôle et la manière dont vous travaillerez avec les personnes qui le sont et dont vous les soutiendrez. Autrement dit, il faut contribuer à faire écho à la voix des autres et veiller à ne pas les évincer.

Organisation communautaire

L’organisation et l’activisme communautaires permettent à un groupe de personnes de transformer les ressources en pouvoir de changer les choses. Plutôt que de se demander « Quel est mon problème ? », un organisateur ou une organisatrice communautaire doit se questionner sur « Qui sont les personnes concernées ? ». Il s’agit de parvenir à ce que les personnes qui sont confrontées à un problème particulier mobilisent leurs propres ressources pour le résoudre.

Or, quelle que soit leur forme, les communautés ont leur propre dynamique de pouvoir et leurs propres inégalités. Plusieurs formes et expressions de pouvoir explorées dans le précédent module peuvent exister en leur sein. En tant qu’acteurs et actrices du changement, il est important de reconnaître que personne ne peut prétendre « représenter » l’intégralité des membres d’une communauté. Il convient donc de faire preuve de discernement lorsque vous travaillez avec une communauté pour contester les déséquilibres des rapports de force et lutter contre les inégalités.

Pour beaucoup, les organisateurs et les organisatrices communautaires tiennent à ce que :

  • le pouvoir soit partagé ;
  • l’effort communautaire repose sur un partenariat égal et un dialogue ouvert - l’écoute active et la réflexion sont essentielles ;
  • le changement se base également sur la transformation des individus et des communautés - le « pouvoir intérieur » et le « pouvoir collectif » menant au « pouvoir d’agir ».

Comme toujours lorsqu’on travaille avec des personnes, les comportements et les modes de travail coopératifs et collaboratifs sont les approches les plus efficaces. Rassembler autour d’un sujet prend du temps et la prise de décision est souvent un processus lent et complexe. Votre capacité à travailler avec les autres dépend de votre aptitude à instaurer et à entretenir la confiance. C’est ce liant qui vous permettra d’identifier et d’exploiter pleinement les forces de chaque personne de votre groupe ou de chaque partie d’une alliance et de convenir des stratégies et tactiques à adopter. Il faut veiller à faire naître un consensus et à traiter les différents intérêts au sein du groupe de manière ouverte et transparente. La définition de méthodes de travail collectif, de plans et de rôles clairs permettra d’éviter toute confusion et d’impliquer les personnes tout en entretenant leur motivation.

Le fait de fonder la collaboration sur une vision commune et sur l’engagement d’apporter un changement positif peut véritablement porter ses fruits. Vous devrez peut-être faire des compromis sur votre vision du changement pour tenir compte des points de vue des autres. Mais ce faisant, vous aurez plus de chances d’aller de l’avant.

4.6 Comment exploiter le pouvoir de l’action collective ?

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Dans cette vidéo, Neha, Elena, Hadeel, Oudai, Sabah, Kelly, Art et Eric présentent les avantages de travailler en partenariat avec d’autres pour le changement, en tirant parti du pouvoir de l’action collective.

Chioma et Oudai partagent également quelques réflexions sur la manière de relever les défis liés au travail en équipe.

Eric, Kelly et Sabah évoquent ensuite quelques-unes des qualités que doit avoir un acteur ou une actrice du changement.

Profils d’acteurs et d’actrices du changement :

Chioma Agwuegbo est directrice générale de TechHerNG et instigatrice du mouvement #StateofEmergencyGBV, une coalition d’organisations encourageant les citoyen·nes à plaider en faveur d’une réponse urgente, complète et durable aux violences sexuelles et basées sur le genre au Nigeria.

Sabah Khan est cofondatrice de Parcham, une organisation indienne qui se consacre à la lutte contre les stéréotypes fondés sur la religion, la classe, la caste, le genre et d’autres marqueurs de différence afin de créer une société respectueuse de la diversité.

Elena Mejia est une organisatrice, facilitatrice et rappeuse féministe qui travaille à Lima (Pérou) sur les problématiques de justice de genre et de justice économique. Elle élabore également le narratif pour les mouvements sociaux dans les laboratoires d’Actua.pe.

Kelly Mundy est directrice de campagne pour Oxfam Grande-Bretagne. Elle fait campagne pour lutter contre les inégalités qui sapent la lutte contre la pauvreté, notamment les inégalités économiques et de genre. 

Eric Njuguna est un organisateur au sein de Fridays for Future MAPA (Most Affected People and Areas) au Kenya, où il soutient les manifestations visant à faire pression sur les leaders mondiaux pour les inciter à prendre des mesures en faveur de la justice climatique et pour amplifier les voix des personnes les plus durement touchées par la crise climatique.

Hadeel Qazzaz est coordinatrice régionale de la justice de genre pour Oxfam International. Basée à Ramallah, en Cisjordanie, elle défend les droits des femmes dans toute la région Moyen-Orient et Afrique du Nord.

Art Reyes III dirige l’organisation We The People: Michigan qui œuvre au renforcement de la capacité d’organisation de la classe ouvrière multiraciale dans l’État du Michigan (États-Unis) en se mobilisant pour créer l’État et la communauté que l’ensemble des citoyen·nes méritent.

Neha Singh est une organisatrice qui a lancé une campagne de défense des droits des femmes intitulée «Why Loiter?» à Mumbai, en Inde, qui vise à reconquérir les espaces publics pour les femmes en flânant.

Oudai Tozan est chercheur et membre fondateur du réseau d’universitaires et de chercheurs syriens au Royaume-Uni. Il travaille avec la diaspora syrienne et les personnes qui ont connu la migration forcée pour se mobiliser, se connecter et se soutenir mutuellement, mais aussi pour soutenir la Syrie lorsque la situation le permet.

4.7 Caractéristiques des acteurs et actrices du changement efficaces

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Kalmesh Devi, responsable de trois petits villages qui composent le district de Padri gram Panchayat, dans le nord de l’Inde. Oxfam a soutenu un réseau de classes de rattrapage pour 1 166 enfants vivant dans cette communauté et dans d’autres, afin de lutter contre les inégalités dans les quartiers.

D’où vient la motivation d’un acteur ou d’une actrice du changement ? Qu’est-ce qui vous motive ?

Certaines personnes sont motivées par leur lutte pour la survie et la défense de leurs propres droits, d’autres par leurs valeurs, leur expérience personnelle, leur sens de la justice sociale ou politique ou une conscience morale personnelle qui distingue ce qu’elles considèrent comme bien ou mal et les incite à croire aux changements qu’elles souhaitent apporter. Certaines tirent leur inspiration de leur foi religieuse, de mouvements sociaux ou d’organisations dont elles font partie, et/ou peut-être de personnes dont elles ont croisé le chemin.

L’importance de prendre soin de soi et du collectif

La résilience nécessaire pour faire face aux revers ou même aux attaques, l’expérience et l’apprentissage de l’échec, ainsi que la gestion de l’anxiété liée à l’incertitude, sont des compétences précieuses pour être efficace en tant qu’acteur ou actrice du changement. Il faut prendre des risques calculés, sortir de sa zone de confort et avoir la persévérance et le courage nécessaires pour remettre en question le statu quo. La manière dont nous gérons la frustration, le stress et la colère qui accompagnent souvent notre désir de changement, tout en gardant les idées claires et en adaptant nos actions à la tâche à accomplir, est très importante.

La nature des risques encourus par les activistes varie énormément. Dans les pays en proie à l’insécurité ou à l’autocratie, les personnes qui font entendre leur voix peuvent faire l’objet d’intimidations, de menaces ou pire encore. Certaines doivent fuir le pays. Même dans les pays et les contextes qui semblent sûrs, le changement s’accompagne de bouleversements et les réactions varient.

Quelle que soit la situation, les acteurs et les actrices du changement doivent rester en sécurité, conserver leur énergie et leur vision et se prémunir contre la désillusion et l’épuisement. Prendre soin de soi et des autres est une partie essentielle de l’activisme. Comme l’a dit l’écrivaine féministe noire Audre Lorde, « Prendre soin de moi-même n’est pas de la complaisance, c’est de la préservation de soi, et c’est un acte de guerre politique. »

N’oubliez pas que vous n’êtes pas seul·e dans cette situation. Travailler en collaboration présente notamment l’avantage de partager les tâches et de prendre régulièrement des nouvelles les un·es des autres. La solidarité apporte un grand réconfort. En tant que groupe d’acteurs et d’actrices du changement, il est important d’intégrer des stratégies de militantisme axées sur le collectif : comment allez-vous vous soutenir les un·es les autres, en particulier dans les moments difficiles ? Il peut être délicat de garder le moral dans l’adversité et sur une longue période. C’est pourquoi il est essentiel de célébrer ensemble les petites victoires pour entretenir l’espoir.

Cultiver la curiosité

La curiosité, l’humilité, la conscience de soi et l’ouverture à la diversité des points de vue sont autant de caractéristiques cruciales que doivent posséder les activistes pour le changement. La curiosité pour le monde doit s’accompagner d’humilité et d’une bonne connaissance de soi. Nous n’avons pas (et ne pouvons pas avoir) toutes les réponses, et nous ne pouvons pas prédire les événements. Ce qui fonctionne quelque part ne fonctionnera pas nécessairement ailleurs.

Comme nous l’avons vu dans le module invitant à « danser » avec les systèmes, il faut savoir gérer la confusion et l’incertitude. Il convient d’inclure un large éventail de personnes et de points de vue dans toute discussion et, aussi occupé·e soit-on, de prendre régulièrement le temps d’observer, de réfléchir et d’évaluer ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, et de changer de cap en conséquence.

Regarder attentivement, écouter, poser des questions et réfléchir de manière critique aux réponses que l’on vous donne sont des compétences inestimables. Il faut savoir accepter l’imprévu et écouter les retours d’information afin d’ajuster ses stratégies et ses tactiques en fonction de ce que l’on a appris, et tirer parti des opportunités qui se présentent.

Comprendre nos droits humains

Enfin, les acteurs et les actrices du changement doivent bien connaître leurs droits ainsi que ceux des personnes avec lesquelles ils et elles travaillent. S’exprimer, participer à des campagnes et œuvrer activement pour ces droits, en particulier lorsqu’ils sont menacés, fait partie des missions d’un acteur ou d’une actrice du changement. Ces droits concernent tout le monde, sans discrimination.

4.8 Être leader sur son propre terrain

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Razia Sultana, défenseuse des droits humains, avocate, enseignante et chercheuse, rencontre des femmes au centre pour femmes de RWWS dans un camp à Cox’s Bazar, au Bangladesh. Les femmes du centre apprennent à lire et à écrire, fabriquent des objets à vendre, participent à des activités pour surmonter les traumatismes et s’informent sur leurs droits.

Mener un changement, c’est avant tout s’engager à faire en sorte que le changement se produise. C’est la première ressource, la première « étincelle », qui rend le changement possible. Pour réussir, il est essentiel de démontrer cet engagement et d’inciter les autres à faire de même.

Cette vidéo d’un homme qui danse montre, sous un angle inhabituel, le rôle du leader et des premiers suiveurs et suiveuses pour donner naissance à un mouvement.

Si vous avez la passion et l’envie de faire bouger les choses, il y a de fortes chances que vous soyez un·e leader, même si vous ne vous considérez pas comme tel·le.

Il existe de nombreuses définitions et théories du leadership et de nombreuses approches et styles différents (de l’autocratique au démocratique, du transactionnel au transformationnel). Au fil du temps, les organisations, les entreprises, les institutions, les cultures et les pays ont développé ou adopté leurs propres approches en matière de leadership.

Pour bon nombre de groupes communautaires locaux, d’organisations et d’activistes pour la justice sociale, le leadership repose sur deux principes clés, à savoir travailler en collaboration et veiller à ce que la voix de chacun·e puisse s’exprimer et être entendue.

Au cours des dernières décennies, les activistes féministes et les mouvements de femmes, en particulier dans le monde majoritaire, ont pris l’initiative de redéfinir le leadership en s’engageant à créer des alternatives aux cultures traditionnelles de leadership hiérarchique. Ces alternatives couvrent de nombreux aspects, de l’autoréflexion critique aux nouvelles structures de prise de décision collective. Un nombre croissant d’organisations œuvrant pour la justice sociale et de groupes d'activistes à travers le monde adoptent des principes et des approches de leadership féministe dans leur pratique.

Le leadership féministe invite les gens à se transformer individuellement et collectivement et à :

  • utiliser leur pouvoir, leurs ressources et leurs compétences de manière non violente et inclusive ;
  • se mobiliser autour d’un programme commun pour l’égalité et le respect des droits humains pour tou·tes ;
  • privilégier le consensus et la coopération à la rivalité ;
  • partager le pouvoir et la prise de décision ;
  • défendre la diversité et veiller à ce chaque personne soit valorisée dans un environnement solidaire ;
  • chercher à renverser les structures de pouvoir patriarcales et plaider en faveur de l’égalité sociale, économique et politique des femmes ;
  • mettre l'accent sur des valeurs telles que l’authenticité, l’honnêteté et l’autonomisation ;
  • reconnaître que les militant·es féministes et leurs organisations mènent des luttes pour la justice sociale dans le monde entier et doivent continuer à être aux avant-postes.

Le leadership féministe reconnaît que changer le monde commence par soi-même. Pour contribuer à une transformation plus large, il faut être prêt·e à réfléchir et à se remettre en question.

Activité 4.2 : Réflexion sur vos caractéristiques

Timing: Temps imparti : 10 minutes

D’après les caractéristiques requises pour mener le changement identifiées dans ce module, il est utile de réfléchir de manière plus approfondie à notre propre rôle en tant qu’acteurs et actrices du changement. Voici quelques questions pour vous y aider :

  • Selon vous, quelles sont les caractéristiques les plus importantes d’un acteur ou d’une actrice du changement efficace, et pourquoi ?
  • Quelles caractéristiques font partie de vos points forts ?
  • Quelles caractéristiques vous posent problème, et pourquoi ?

Ajoutez vos réflexions dans la zone de texte ci-dessous, dans le document « Plan de mise en œuvre du changement » ou dans votre carnet de notes.

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4.9 Résumé du Module 4

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Participantes à un atelier de l’International Forum of African Women (FIFAF) en 2021 à Kinshasa sur le thème : le leadership et la participation des femmes à des postes à responsabilités pour le développement socio-économique de l’Afrique.

Dans ce module, vous avez approfondi deux concepts abordés dans le module précédent : le « pouvoir collectif », c’est-à-dire le pouvoir dérivé d’une collaboration ou de l’action collective, et le « pouvoir intérieur », c’est-à-dire la manière dont le renforcement de nos ressources intérieures (curiosité, courage et leadership féministe) nous permet d’être plus efficaces en tant qu’acteurs et actrices du changement.

Vous en savez désormais plus sur l’organisation communautaire, sur la valeur de la contribution aux mouvements sociaux et sur ce qu’est un leadership efficace pour le changement.

En tant qu’acteur ou actrice du changement, vous aurez plus d’impact si vous êtes disposé·e à écouter, à faire preuve d’une réelle curiosité, à essayer de nouvelles approches, à prendre des risques calculés, à apprendre de vos échecs, à remettre en question votre propre pouvoir et vos privilèges et à déléguer le pouvoir vers les individus et les communautés qui sont aux premières loges du changement. Plus important encore, vous devrez travailler avec d’autres personnes mobilisées pour votre cause commune. Pour un changement social positif et durable, le « comment » est aussi important que le « quoi ».

Dans le prochain module, nous examinerons plus en détail vos sphères d’influence et la manière d’identifier les allié·es et les partenaires susceptibles de vous aider à étendre votre influence. Nous nous appuierons également sur l’analyse du pouvoir détaillée dans le module précédent pour élaborer nos stratégies de changement.

4.10 Quiz de fin de module

Le Module 4 de cette formation a permis d’aborder les thématiques suivantes : le pouvoir de l’action collective, le travail en partenariat avec d’autres personnes et les caractéristiques des acteurs et actrices du changement efficaces.

Le moment est venu de tester vos connaissances en répondant à ce petit quiz.

Références

Batliwala, S. (2011), Feminist Leadership for Social Transformation: Clearing the Conceptual Cloud, CREA [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.uc.edu/ content/ dam/ uc/ ucwc/ docs/ CREA.pdf (dernière visite le 16 octobre 2023).

Lorde, A. (2017), A Burst of Light: and Other Essays, USA: Dover Publications.

Sources pour les études de cas :

Bao, H. (2020), ‘Anti-domestic violence little vaccine’: A Wuhan-based feminist activitist campaign during COVID-19, Interface: a journal for and about social movements, 12(1), pp. 53–63 [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.interfacejournal.net/ wp-content/ uploads/ 2020/ 07/ Interface-12-1-Bao.pdf (dernière visite le 16 octobre 2023).

Green, D. (2020), ‘Anti-domestic violence little vaccine’: A Wuhan-based feminist activitist campaign during COVID-19, From Poverty to Power, 23 septembre [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://frompoverty.oxfam.org.uk/ anti-domestic-violence-little-vaccine-a-wuhan-based-feminist-activist-campaign-during-covid-19/ (dernière visite le 16 octobre 2023).

NDI (2019), Women Peacebuilders in Yemen Advocate for the Re-Opening of Al-Riyyan Airport, 12 juin [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.ndi.org/ our-stories/ women-peacebuilders-yemen-advocate-re-opening-al-riyyan-airport (dernière visite le 16 octobre 2023).

Lectures complémentaires

Drew Dudley – Everyday leadership https://www.ted.com/ talks/ drew_dudley_everyday_leadership

How Change Happens (OUP 2016)

Ressources pour la résilience personnelle et organisationnelle, MindfulNext

Rhize.org

Self care and community care tools, The Andre Lorde Project

Stories of people changing the world, MobLab

The Center for Servant Leadership

The Universal Declaration of Human Rights

Why care is a political act, blog Views & Voices d’Oxfam

Why self-care and collective wellbeing are critical to winning change, MobLab

What’s the role of Oxfam in supporting social movements for change?, blog Views & Voices d’Oxfam