Il est admirable et nécessaire de faire preuve d’enthousiasme en faveur du changement. Mais cela ne suffit pas. La tête et le cœur doivent faire équipe. Ce module s’appuie sur l’analyse du contexte et du changement effectuée lors du module précédent et jette un regard critique sur la manière dont le changement se produit réellement.
Nous verrons tout d’abord comment le fait d’envisager le changement dans nos sociétés selon une approche systémique peut nous aider à définir les activités à entreprendre et l’étendue de notre ambition.
Nous nous pencherons également sur le pouvoir : de quoi il est question, ses différentes formes et pourquoi il est important pour les acteurs et les actrices du changement. L’analyse du pouvoir est un outil permettant de comprendre la dynamique du pouvoir qui sous-tend et informe un système et une action de changement particulière au sein de ce système. Le module présente deux outils d’analyse du pouvoir. Vous aurez l’occasion d’appliquer l’un d’eux à votre problématique en matière de changement.
La pensée systémique et l’analyse du pouvoir sont des outils essentiels pour nous assurer que les actions que nous entreprenons sont les plus efficaces et durables possibles.
À la fin de ce module, vous saurez :

On entend par « système » un ensemble d’éléments interconnectés qui interagissent les uns avec les autres et changent en réponse à différentes interventions. Une société est un système, tout comme une économie.
La complexité est un facteur déterminant des systèmes humains. En raison du nombre de relations au sein d’un système humain, le changement ne peut être réduit à une simple relation de cause à effet. En savoir un peu plus sur les systèmes qui nous entourent et sur la façon dont les autres perçoivent ces mêmes systèmes et interagissent avec eux peut nous aider à mieux comprendre le monde et à réfléchir différemment à ce qu’il faut faire pour le changer. Il faut savoir qu’influencer ou modifier une partie d’un système, peut en affecter directement ou indirectement une autre.
Comme nous l’avons vu lors les deux premiers modules de la formation, l’évolution des sociétés ou des économies relève souvent d’un savant mélange de vagues de changement (vieillissement de la population dans une grande partie de l’Europe, en Asie de l’Est et en Amérique du Nord, croissance de la population jeune dans une grande partie de l’Afrique, urbanisation dans la plupart des régions du monde, progrès dans les technologies numériques, méfiance du public envers la politique formelle et les institutions en général, ou améliorations globales en matière d’éducation ou de soins de santé) et d’événements imprévisibles, de changements soudains ou de moments critiques (scandales politiques, crises économiques, pandémies, catastrophes, début ou fin d’un conflit armé).
Ces moments critiques bouleversent souvent les rapports de force sociaux, politiques ou économiques, créant un terreau favorable à l’émergence de nouvelles idées et ouvrant la voie à des réformes jusqu’alors inimaginables. Pour un acteur ou une actrice du changement, il est indispensable d’identifier et de saisir les fenêtres d’opportunité ou de gérer les fenêtres de menace découlant des moments critiques.
Préparer un gâteau est un processus simple. Il suffit de trouver une recette, de se procurer les ingrédients, de s’assurer que le four fonctionne, de mélanger, de faire cuire et le tour est joué ! Certains gâteaux sont meilleurs que d’autres, mais l’approche de base est fixe, reproductible et raisonnablement fiable. Certaines personnes peuvent penser qu’il en va de même pour le processus de changement, qu’il suffit de prendre une formule testée et éprouvée (comme une manifestation ou une campagne sur les réseaux sociaux) qui a fonctionné dans une situation, et de l’appliquer à d’autres contextes.
Pourtant, la concrétisation des changements dans les systèmes complexes nécessite une approche adaptative, collaborative et flexible. Le futur se caractérise par son imprévisibilité. Il est plein d’« inconnues connues » (par exemple, que se passera-t-il après la mort ou l’évincement d’un·e dirigeant·e) et d’« inconnues inconnues » (par exemple, une crise financière soudaine ou une catastrophe naturelle). Ce qui a fonctionné dans une situation ne fonctionnera pas forcément dans une autre et, de la même manière, les événements du passé ne constituent pas un plan pour le futur.
Les acteurs et les actrices du changement doivent s’adapter à ce caractère inconnu inhérent au futur en tant que « réflectivistes » et activistes en s’aménageant des possibilités d’apprendre, d’écouter, de réfléchir et d’adapter leurs actions. L’analyse et la planification sont de bonnes choses. Toutefois, lors de la mise en œuvre, vous devez non seulement tenir compte des changements qui se produisent, mais aussi de ce que vous apprenez sur le système avec lequel vous interagissez lors de vos actions. Comment interagissez-vous avec le système et comment l’affectez-vous ? Comment les évolutions du système affecteront-elles vos projets ? Comment apprendre et s’adapter ?
Comme l’explique Donella Meadows, spécialiste de l’environnement et penseuse systémique : « Avant de perturber le système, observez comme il se comporte. Renseignez-vous sur son histoire. Demandez aux personnes qui sont là depuis longtemps de vous raconter ce qui s’est passé... apprenez à danser avec le système. »
Il est temps de réfléchir au système dans lequel s’inscrit la problématique sur laquelle vous travaillez.
Vous ne disposerez sans doute que d’un aperçu partiel des différentes parties du système liées à votre problématique. Il est essentiel de prévoir dès le départ comment rester à l’affût des changements, recueillir des retours d’information, apprendre et s’adapter au fur et à mesure.
En vous appuyant sur l’analyse du changement visé réalisée au cours du Module 2, voici quelques questions supplémentaires pour stimuler votre réflexion sur les multiples acteurs et actrices, les différents facteurs, opportunités et obstacles, ainsi que les diverses interconnexions qui composent le système.
Ajoutez vos réflexions dans la zone de texte ci-dessous, dans le document « Plan de mise en œuvre du changement » ou dans votre carnet de notes.

Dans cette vidéo, Elena, Hadeel, Chioma, Kelly, Art et Eric nous présentent leur conception du pouvoir dans le contexte du changement.
Hadeel, Oudai et Chioma partagent également leurs points de vue sur la manière dont ils renforcent leur pouvoir intérieur.
Chioma Agwuegbo est directrice générale de TechHerNG et instigatrice du mouvement #StateofEmergencyGBV, une coalition d’organisations encourageant les citoyen·nes à plaider en faveur d’une réponse urgente, complète et durable aux violences sexuelles et basées sur le genre au Nigeria.
Sabah Khan est cofondatrice de Parcham, une organisation indienne qui se consacre à la lutte contre les stéréotypes fondés sur la religion, la classe, la caste, le genre et d’autres marqueurs de différence afin de créer une société respectueuse de la diversité.
Elena Mejia est une organisatrice, facilitatrice et rappeuse féministe qui travaille à Lima (Pérou) sur les problématiques de justice de genre et de justice économique. Elle élabore également le narratif pour les mouvements sociaux dans les laboratoires d’Actua.pe.
Kelly Mundy est directrice de campagne pour Oxfam Grande-Bretagne. Elle fait campagne pour lutter contre les inégalités qui sapent la lutte contre la pauvreté, notamment les inégalités économiques et de genre.
Eric Njuguna est un organisateur au sein de Fridays for Future MAPA (Most Affected People and Areas) au Kenya, où il soutient les manifestations visant à faire pression sur les leaders mondiaux pour les inciter à prendre des mesures en faveur de la justice climatique et pour amplifier les voix des personnes les plus durement touchées par la crise climatique.
Hadeel Qazzaz est coordinatrice régionale de la justice de genre pour Oxfam International. Basée à Ramallah, en Cisjordanie, elle défend les droits des femmes dans toute la région Moyen-Orient et Afrique du Nord.
Art Reyes III dirige l’organisation We The People: Michigan qui œuvre au renforcement de la capacité d’organisation de la classe ouvrière multiraciale dans l’État du Michigan (États-Unis) en se mobilisant pour créer l’État et la communauté que l’ensemble des citoyen·nes méritent.
Neha Singh est une organisatrice qui a lancé une campagne de défense des droits des femmes intitulée «Why Loiter?» à Mumbai, en Inde, qui vise à reconquérir les espaces publics pour les femmes en flânant.
Oudai Tozan est chercheur et membre fondateur du réseau d’universitaires et de chercheurs syriens au Royaume-Uni. Il travaille avec la diaspora syrienne et les personnes qui ont connu la migration forcée pour se mobiliser, se connecter et se soutenir mutuellement, mais aussi pour soutenir la Syrie lorsque la situation le permet.

Il y a plusieurs façons de définir le « pouvoir ».
Voici deux définitions du pouvoir fournies dans le dictionnaire LeRobert :
Le pouvoir s’inscrit donc dans deux dimensions : une personnelle avec ce qui se passe dans le cœur ou la tête d’une personne ; l’autre dans sa capacité à influencer les autres. Nous abordons ces deux dimensions dans ce module.
Il y a dans chaque ménage, communauté, conseil d’administration ou bureau gouvernemental un réseau de rapports de force, certains visibles, d’autres cachés, d’autres encore invisibles, qui relient et influencent toutes les personnes présentes. Ami·es et opposant·es, parents et enfants, dirigeant·es et employé·es, maris, femmes et partenaires, gouvernant·es et gouverné·es. Quel que soit le système politique, le pouvoir est toujours présent de manière formelle ou informelle.
En tout temps, différents types de pouvoir coexistent et interagissent pour produire un éventail de résultats possibles qui défient souvent notre capacité à planifier et à prédire comment le changement pourrait se produire. En ce sens, le pouvoir peut être considéré comme faisant partie d’un « système ».
Une analyse du pouvoir est essentielle pour tenter de comprendre et d’influencer le changement. Celles et ceux qui détiennent le pouvoir peuvent influencer la façon dont les gens vivent leur vie, déterminer les droits dont ces gens peuvent jouir et même définir une vision de la société. Le pouvoir définit comment les relations sociales et politiques évoluent. Il est donc essentiel de comprendre qui détient le pouvoir, qui ne le détient pas et pourquoi, pour comprendre les processus de changement, les obstacles au changement et même les conflits lorsqu’ils se produisent. Qui sont les allié·es ou les opposant·es probables au changement ? Qui sont les personnes qui ont le plus de pouvoir et celles qui en ont le moins dans cette relation ? Comment se sont-elles comportées les unes envers les autres dans le passé ? Qui écoute les personnes qui ont moins de pouvoir ? Comment ces dernières peuvent-elles acquérir davantage de pouvoir ? Quel est notre propre pouvoir vis-à-vis des autres ?
Vu sous cet angle, de nombreux processus de changement social et politique consistent en fait en une renégociation et une redistribution du pouvoir. Les relations de genre sont, par essence, des relations de pouvoir, tout comme les relations interraciales. De même, d’autres identités comme la classe, la religion, la sexualité, l’âge et l’aptitude/le handicap sont toutes en relation les unes avec les autres et avec le pouvoir. On parle souvent d’approche intersectionnelle pour désigner la prise en compte holistique de tous ces éléments.
Il existe par exemple différents types de pouvoir et d’inégalités dans les relations entre les femmes, les hommes et les personnes non binaires, façonnés par les normes culturelles et sociétales dans lesquelles nous vivons et qui se manifestent dans les comportements que nous adoptons. L’intersection entre le genre et le pouvoir se manifeste et imprègne les esprits au sein même du foyer, dans les espaces privés de notre vie. Elle se renforce dans les espaces publics au contact avec les autres et au plus profond de nous-mêmes. Elle est également influencée par nos autres identités comme la race, l’origine ethnique, l’âge ou le statut économique.
Ainsi, toute réflexion sur les différents aspects de notre identité doit systématiquement inclure la notion de pouvoir. De même, toute réflexion sur le pouvoir implique de réfléchir à l’identité.
Le pouvoir et l’influence sont au cœur des relations humaines. Dès qu’un enfant naît et prend conscience de lui-même et du monde des relations, les processus consistant à influencer ses parents et son entourage pour satisfaire ses besoins s’enclenchent. Au niveau des ménages, des communautés, des pays et du monde, certaines personnes, institutions et groupements acquièrent et utilisent le pouvoir pour servir leurs propres intérêts et fins, parfois en niant le pouvoir des autres ou en exerçant un pouvoir dominant. Ces relations de pouvoir peuvent être profondément ancrées, ne sont pas toujours immédiatement visibles et sont potentiellement susceptibles de marginaliser et d’opprimer d’autres personnes. Ainsi, le pouvoir réside au cœur du changement ou du déni du changement.
En tant qu’acteur ou actrice du changement, vous devrez influer sur les personnes ou les institutions qui détiennent le pouvoir de décision, l’influence et les ressources nécessaires pour soutenir ou faire obstacle au changement que vous visez. Et en tant qu’acteur ou actrice du changement souhaitant apporter des changements durables au niveau de la communauté ou dans la vie des gens, vous devrez faire évoluer les rapports de force de manière à ce que votre groupe ou votre communauté ait davantage voix au chapitre et plus de pouvoir d’influence pour parvenir à vos fins.
Comprendre le pouvoir (le sien et celui des autres) et savoir comment l’utiliser et le mobiliser sont les seuls moyens sûrs d’influencer et de réaliser le changement. Le fait d’ignorer le pouvoir est à vos risques et périls.
À quoi vous fait penser le terme « pouvoir » ?
À quels types de pouvoir pensez-vous ?
Dans quelle situation le pouvoir est-il vertueux, et à quel moment est-il préjudiciable ?
Ajoutez vos réflexions dans la zone de texte ci-dessous, dans le document « Plan de mise en œuvre du changement » ou dans votre carnet de notes.

L’analyse du pouvoir est un outil qui permet de mieux comprendre où se situe le pouvoir dans les processus de changement social. En plus de nous aider à identifier les personnes avec lesquelles nous devons nous impliquer pour réaliser le changement, elle suscite des interrogations pour veiller à ce que toute action soit fondée sur l’implication des personnes que nous cherchons à soutenir et dont nous espérons qu’elles bénéficieront du changement.
Les résultats d’un changement peuvent être imprévisibles et nuire à celles et ceux que nous essayons justement d’aider ou à d’autres personnes que nous avions occultées. En consultant et en impliquant les personnes visées dans tout processus de changement qui les concerne, cette imprévisibilité est en partie éliminée et on obtient de meilleurs résultats.
Il existe de nombreuses façons d’appréhender le pouvoir.
De nombreuses organisations activistes ont identifié deux cadres utiles, à savoir l’approche des quatre expressions du pouvoir et l’approche des formes de pouvoir. Ces cadres peuvent nous aider à comprendre les différents aspects du pouvoir et à en déduire des stratégies qui nous aident à influencer le changement ou à y contribuer. Aucun cadre n’est adapté à toutes les situations, et il est tout à fait possible de définir le vôtre. Il s’agit d’essayer différents outils et d’identifier une conception du pouvoir utile pour mieux comprendre une situation donnée.
Prenons pour exemple l’étude de cas du peuple Chiquitano en Bolivie pour comprendre comment ces deux cadres (les quatre expressions du pouvoir et les formes de pouvoir) nous aident à analyser la manière dont le changement se produit.
Le 3 juillet 2007, après douze années de lutte acharnée et souvent frustrante, le peuple Chiquitano en Bolivie (soit quelque 9 000 personnes) a obtenu le titre légal sur le territoire autochtone de Monteverde dans le département de Santa Cruz dans l’est du pays, sur une superficie d’un million d’hectares.
Evo Morales, le premier président issu d'un peu autochtone du pays, a assisté à la cérémonie avec plusieurs de ses ministres. Parmi les personnes présentes figuraient également trois maires élu·es, dix membres du conseil municipal (six femmes et quatre hommes), un sénateur, un député et deux membres de l’Assemblée constituante, toutes et tous issu·es du peuple Chiquitano.
Un tel événement aurait été inimaginable pour la génération précédente, tant pour la communauté autochtone que pour la représentation des femmes au niveau local. Jusque dans les années 1980, le peuple Chiquitano vivait dans des conditions quasi féodales, à travailler sans rémunération pour les autorités locales, les propriétaires terriens et l’Église, sans possibilité de posséder des terres.
Aujourd’hui, plus de 15 ans après cette victoire historique sur l’accès à leurs terres, les leaders Chiquitano déclarent que leur combat est loin d’être terminé. L’accès aux soins de santé, à l’éducation et aux infrastructures de base (en matière de couverture réseau pour la téléphonie mobile, par exemple) fait toujours défaut. Certains changements positifs sont toutefois à noter, avec quelques élèves issu·es de leurs communautés accédant pour la première fois à l’enseignement supérieur. Cette avancée soulève un nouveau défi, avec le risque que ces mêmes personnes quittent définitivement les communautés Chiquitano.
La déforestation menée par les sociétés d’exploitation forestière et minière constitue une menace supplémentaire. Les autorités ne font rien, parce que les agent·es de la fonction publique sont payé·es par ces entreprises. Ces mêmes entreprises soudoient certaines communautés et leurs leaders, ce qui provoque des divisions sociales. Les sociétés d’exploitation forestière et minière sont souvent perçues comme travaillant de pair avec des personnes issues des hauts plateaux, plus proches du centre du pouvoir, où sont prises les décisions concernant le cap économique que le pays doit suivre. Le gouvernement, toujours dirigé par le parti d’Evo Morales malgré les épisodes de crise de ces dernières années, semble avoir besoin des revenus des ressources naturelles pour financer les services essentiels.

Visionnez la vidéo pour découvrir les quatre expressions du pouvoir.
Appliquons ce cadre pour mieux comprendre comment le changement s’est produit dans l’étude de cas du peuple Chiquitano :
Pouvoir intérieur : ce changement s’inscrit dans le cadre d’une évolution plus large de l’identité autochtone. Dans les années 1980, inspiré en partie par des émissions de radio en langue chiquitano, le peuple Chiquitano commence pour la première fois à s’identifier en tant que peuple autochtone. L’identité autochtone commence alors à remplacer l’identité paysanne classiste promue par le mouvement nationaliste lors de la révolution bolivienne de 1952. Une femme âgée témoigne : « Ce n’est que depuis récemment que nous commençons à nous appeler Indiens et Indiennes chiquitano... nous partageons des traits communs et avons toutes et tous été livré·es à des chefs qui nous appelaient "cambas" ou paysans jusqu’à il y a peu. » Plus récemment, l’accès à l’éducation permet à de jeunes membres des communautés chiquitano de fréquenter l’université pour la première fois.
Pouvoir collectif : le « pouvoir intérieur » conduit rapidement à un « pouvoir collectif » sous la forme d’associations culturelles qui prennent très vite un caractère explicitement politique. L’Organización Indígena Chiquitana (OICH) rassemble plus de 450 communautés. Un tournant s’opère lorsque le peuple Chiquitano décide de s’associer aux communautés indiennes des hauts plateaux, beaucoup plus nombreuses. Carlos Cuasase, leader chiquitano (et actuellement sénateur), raconte : « Nous avons rencontré l’un des leaders des hauts plateaux et nous lui avons dit qu’il avait les mêmes problèmes et les mêmes besoins que nous. Nous nous sommes mis d’accord non seulement sur [la loi de nationalisation] des hydrocarbures, mais aussi sur la défense des droits des populations autochtones des hauts et des bas plateaux. » Ces efforts collectifs sont toutefois contrariés par les intérêts des sociétés d’exploitation forestière et minière, dont il est dit qu’elles sèment la division sociale en soudoyant certains leaders et certaines communautés.
Pouvoir d’agir : suite aux manifestations qui renversent le président Sánchez de Lozada en octobre 2003, les pièces d’identité deviennent plus faciles à obtenir et les candidat·es sont autorisé·es à se présenter indépendamment des partis politiques traditionnels. Les populations autochtones remportent ainsi des victoires importantes lors des élections municipales de 2005.
Pouvoir dominant : un militant chiquitano se souvient : « Mon père n’a jamais eu conscience de nos droits. Nous faisions ce que les Blancs nous disaient de faire ; eux seuls pouvaient être au pouvoir, être présidents. On ne pouvait même pas se rendre au centre-ville, les gens nous conspuaient. Nous avons par la suite créé notre propre organisation et élu nos propres leaders. C’est à ce moment-là que nous avons réalisé que nous avions des droits. » Mais les militant·es chiquitano savent que la lutte pour faire valoir leurs droits n’est pas terminée. Avec les décisions prises par le gouvernement central concernant le modèle économique du pays, notamment l’accent mis sur les industries extractives, leurs terres restent menacées par la déforestation.
Passons désormais au second cadre.
Les formes de pouvoir auxquelles nous faisons référence sont le pouvoir visible, le pouvoir caché et le pouvoir invisible. L’importance relative de chaque forme change en fonction du contexte.
Appliquons désormais ce cadre pour comprendre le processus de changement dans l’étude de cas du peuple Chiquitano :
La victoire du peuple Chiquitano a nécessité un changement profond du pouvoir invisible, avec une transformation identitaire à mesure que grandissait leur auto-identification en tant qu’autochtones. Cette évolution s’est accompagnée d’une organisation progressive et d’une capacité à comprendre et à affronter le pouvoir caché qui empêchait le peuple Chiquitano de participer à la politique officielle et même de fréquenter les espaces publics dans la ville. Ce n’est qu’ensuite qu’il a pu accéder à un pouvoir visible, tant au niveau local que national.

Nous avons examiné deux cadres d’orientation présentés ci-dessous, les Quatre expressions du pouvoir et les Formes du pouvoir.
Le temps est venu d’appliquer l’analyse du pouvoir à la problématique du changement sur laquelle vous travaillez. À l’aide de ces deux outils, identifiez les expressions ou formes de pouvoir que vous devrez prendre en compte dans le cadre de votre action de changement.
En appliquant l’approche des Quatre expressions du pouvoir à la problématique que vous souhaitez changer, posez-vous les questions suivantes :
En appliquant l’approche des Formes du pouvoir à la problématique que vous souhaitez changer, posez-vous les questions suivantes :
Écrivez vos réflexions sur les expressions et/ou les formes de pouvoir que vous avez identifiées comme les plus pertinentes pour votre action de changement et expliquez pourquoi dans la zone de texte, dans le document « Plan de mise en œuvre du changement » ou dans votre carnet de notes.
Les deux cadres d’analyse du pouvoir ont pour vocation de vous aider à tenir compte de dynamiques de pouvoir que vous n’aviez peut-être pas identifiées auparavant. Toutes les actions de changement ne doivent pas nécessairement couvrir toutes ces expressions et formes de pouvoir. Mais lorsque le pouvoir est pris en compte parallèlement à l'objectif global du changement, les chances de réussite augmentent. Même si vous n’atteignez pas le but prévu, le simple fait de s’attaquer à certaines dynamiques de pouvoir peut souvent déboucher sur un résultat positif.

Dans ce module, nous avons étudié certaines questions sous-jacentes qui influent de manière importante sur le succès ou l’échec d’un processus de changement.
Nous nous sommes intéressé·es à la notion de système et avons pu voir que la complexité est un élément inéluctable des sociétés dans lesquelles nous vivons. La pensée systémique valorise la capacité à « accepter l’imprévu » et à tirer parti des opportunités fortuites. En vous y préparant, vous saurez identifier les opportunités et les obstacles, y réagir plus rapidement et élaborer de meilleurs plans d’action. Elle nous encourage également à réfléchir aux répercussions imprévues directes et indirectes de notre action de changement.
Nous avons analysé le pouvoir à travers le prisme de deux outils qui nous ont permis de comprendre les expressions du pouvoir (pouvoir intérieur, pouvoir collectif, pouvoir dominant, pouvoir d’agir) et les formes du pouvoir (visible, caché, invisible). Nous avons appliqué cette analyse du pouvoir pour comprendre les processus de changement à travers une étude de cas, puis vous l’avez appliquée à la problématique sur laquelle vous travaillez.
L’approche systémique fondée sur le pouvoir incite à recourir à plusieurs stratégies (plutôt qu’à une approche linéaire unique), considérant l’échec, l’itération et l’adaptation comme attendus et nécessaires. Dans les prochains modules, nous verrons comment approfondir vos compétences pour y parvenir et comment accroître votre pouvoir de faire bouger les choses.
Vidéo sur la pensée systémique – courte vidéo utile expliquant comment un petit changement s’inscrit dans un système plus large.
E-learning sur le genre – formation en ligne complémentaire qui examine plus en détail la façon dont le genre et le pouvoir sont interconnectés.
Le Module 3 de cette formation a permis d’aborder les thématiques suivantes : adoption d’une approche systémique fondée sur le pouvoir, définition du pouvoir, outils d’analyse du pouvoir et compréhension des systèmes.
Le moment est venu de tester vos connaissances en répondant à ce petit quiz.
Mayne, R. et Coe, J. (non daté), Power and social change [en ligne]. Disponible à l’adresse : http://www.oneeastmidlands.org.uk/ sites/ default/ files/ library/ NC586_12b_power_social_change.pdf (dernière visite le 15 août 2023).
Oxfam (2014), Quick Guide to Power Analysis [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://policy-practice.oxfam.org/ resources/ quick-guide-to-power-analysis-313950/ (dernière visite le 15 août 2023).
Oxfam (2015), Systems Thinking: An introduction for Oxfam programme staff [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://policy-practice.oxfam.org/ resources/ systems-thinking-an-introduction-for-oxfam-programme-staff-579896/ (dernière visite le 15 août 2023).
PowerCube (non daté), Background to powecube.net [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.powercube.net/ an-introduction-to-power-analysis/ background-to-powercube-net/ (dernière visite le 15 août 2023).
Professor Kimberlé Crenshaw Defines Intersectionality (14 septembre 2018), vidéo YouTube ajoutée par Rich Russo [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.youtube.com/ watch?v=sWP92i7JLlQ&t=19s (dernière visite le 15 août 2023).
The Donella Meadows Project (non daté), Dancing With Systems [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://donellameadows.org/ archives/ dancing-with-systems/ (dernière visite le 15 août 2023).
Sources pour l’étude de cas du peuple Chiquitano
Cáceres, E. (2008), Territories and Citizenship, the revolution of the Chiquitanos, Oxfam [en ligne]. Disponible à l’adresse :https://oxfamilibrary.openrepository.com/ bitstream/ 10546/ 112383/ 1/ fp2p-cs-territories-citizenship-chiquitanos-140608-en.pdf (dernière visite le 16 octobre 2023).
Green, D. (2016), How Change Happens, Oxford : Oxford University Press, pp. 69–73.
Green, D. (2019), Return to Chiquitania: What’s changed in the 13 years since my first, mind-blowing visit?, From Poverty to Power, 12 juillet [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://frompoverty.oxfam.org.uk/ return-to-chiquitania-whats-changed-in-the-13-years-since-my-first-mind-blowing-visit/ (dernière visite le 16 octobre 2023).