6.4 Changer le narratif sur les inégalités
Pour comprendre comment le recours à des messages différents, l’adaptation des histoires que vous racontez et les personnes qui les racontent peuvent modifier les récits et conduire à des changements fondamentaux, reprenons l’étude de cas d’Actúa.pe.
Actúa.pe
Au Pérou, 40 % de la population est vulnérable et 12 millions de personnes risquent de retomber dans la pauvreté. Selon les données de l’institut national des statistiques et de l’information, « un million et demi de jeunes (34 %) actifs/actives ne gagnent pas assez pour avoir accès à une alimentation saine ». Parmi les jeunes, les femmes sont les plus touchées, car elles sont souvent moins bien rémunérées que les hommes. Les personnes ayant une identité LGBTQIA+ sont quant à elles marginalisées.
Deux organisations dirigées par des jeunes, le Foro Juvenil de Izquierda (FJI) et Interquorum Network (Red IQ), ont travaillé avec Oxfam au Pérou dans le cadre des Youth Laboratories pour aborder le travail décent avec les jeunes. Actúa.pe a proposé de renforcer les capacités des jeunes militant·es pour leur permettre d’élaborer leurs propres propositions pour influencer les décisionnaires. Pendant la campagne présidentielle de 2016 et la campagne régionale de 2018, les jeunes ont rencontré des candidat·es un peu partout au Pérou pour leur présenter des données sur l’éducation et l’emploi et leur demander de s’engager à faire des politiques d’emploi des jeunes une priorité dans leurs mandats.
Actúa.pe est devenue une plateforme activiste en ligne et hors ligne qui travaille avec des jeunes activistes de tout le pays. L’une des premières actions d’Actúa.pe a été de suivre publiquement les engagements des candidat·es à la présidence en matière de lutte contre les inégalités sous le prisme de la justice fiscale, du travail décent, de la justice de genre, de la gouvernance environnementale et de l’accès aux ressources naturelles. Elle a fourni des outils interactifs permettant à l’électorat de voir comment chaque candidat·e abordait ces points, ainsi qu’une stratégie de réseaux sociaux pour mettre le public en contact avec les décisionnaires, les journalistes et les influenceurs et influenceuses numériques.
Des débats publics, des arts de la rue, du théâtre et de la musique ont été proposés dans le cadre des Youth Laboratories pour sensibiliser à la justice économique, à la justice de genre et à la justice environnementale et climatique. Grâce à ce travail, Actúa.pe s’est fait une place dans le débat public national, contribuant à positionner le problème des inégalités dans l’agenda de la société civile pour la défense des droits, et contribuant à l’élaboration de récits transformateurs.
Depuis lors, Actúa.pe a permis à un large éventail de jeunes militant·es, d’individus et d’organisations sociales de suivre, de créer des liens et d’amplifier l’action citoyenne contre les inégalités, en mettant l’accent sur l’utilisation d’histoires, d’images et de mèmes pour communiquer des données d’une façon qui résonne avec le bon sens et la perception des gens.
Pour Alejandra Alayza d’Oxfam au Pérou, « Actúa est devenue une personnalité, une faiseuse d’opinion constante, informée, critique, intelligente, drôle, enjouée, mais aussi rigoureuse. La structure fait désormais partie d’un courant qui en alimente d’autres qui contestent de plus en plus les récits dominants. » Elle cite un mème qui a circulé pour soutenir un syndicat d’agentes de voirie qui avait lancé une campagne de lutte contre la corruption. Elles se sont rendues au Palais de Justice pour y faire place nette. Le syndicat a vu le mème et s’en est saisi pour en faire un symbole lors des manifestations. « Le mème était une façon de leur rendre hommage, de les aider à briller avec fierté, dignité et espoir. Nous n’avions pas réalisé qu’il pouvait s’imposer comme un outil d’auto-identification en tant que mouvement. »
Activité 6.2 : Quelles histoires raconte-t-on sur les inégalités ?
L’étude de cas d’Actúa.pe est à la fois un bon exemple de l’utilisation de messages s’adressant à la tête, au cœur et aux mains, et de la créativité que les personnes et les organisations travaillant ensemble peuvent mettre à profit pour modifier les récits (les histoires que nous nous racontons à nous-mêmes) autour des inégalités.
Prenez le temps de réfléchir aux messages qui sont utilisés et aux histoires qui sont racontées sur les inégalités là où vous êtes. Quelles mesures ont été prises pour modifier les récits dominants et créer des alternatives ? Quels sont les messages transmis et les histoires racontées, et qui les raconte ?
Vous pouvez vous concentrer sur une inégalité en particulier (économique, raciale, de genre, environnementale) ou sur la manière dont les inégalités sont liées les unes aux autres et se recoupent.
Selon vous, l’appel aux émotions et les arguments rationnels sont-ils équivalents dans ce cas, ou l’un est-il plus pertinent que l’autre ?
Ajoutez vos réflexions dans la zone de texte ci-dessous, dans le document « Plan de mise en œuvre du changement » ou dans votre carnet de notes.
6.3 Les récits comme forme de pouvoir

