1.8 Trois points de vue sur le changement

Manifestant·es défilant pour la justice climatique lors de la journée mondiale d’action organisée lors de la COP26 à Glasgow.

Lisez ces trois brèves études de cas qui illustrent les différents types de changement.

Ces types varient selon l’échelle du changement (personnel, local ou mondial), les acteurs et actrices du changement (individus, communautés ou mouvements), le changement visé (attitudes, politiques, comportements) et la manière dont le changement est réalisé (utilisation des technologies numériques, manifestations ou militantisme discret).

Chacun de ces exemples apporte une contribution importante à la lutte contre le changement climatique et la dégradation de l’environnement.

Ces trois études de cas nous sensibilisent encore davantage sur les différentes manières dont le changement peut se produire et se produit effectivement.

Étude de cas n° 1 : Protéger la forêt contre le bûcheronnage

Née dans une région rurale de l’État d’Odisha en Inde, Jamuna Tudu grandit dans une famille qui plante de jeunes arbres sur ses terres, car il n’y a pas de forêt à cet endroit. Elle se marie en 1998 et emménage dans un autre village situé à 100 km de là, où il y a une forêt luxuriante qu’elle peut voir de sa nouvelle maison. Mais en visitant la région, elle est choquée de voir à quel point la forêt est ravagée par l’exploitation forestière illégale pratiquée par la mafia locale. Ne supportant plus de voir les arbres coupés, elle décide de faire quelque chose.

Jamuna essaie alors de rassembler les femmes du village afin de protéger la forêt, mais beaucoup d’entre elles craignent la mafia. Sa famille se montre également réticente. Elle réussit à convaincre cinq femmes qui partagent sa passion pour la préservation des forêts de se joindre à elle. Elles créent ensemble le Van Suraksha Samiti. Elles organisent des patrouilles dans la zone forestière et tentent de faire fuir les bûcheron·nes. Elles confisquent les scies et les cachent dans le village, ce qui entraîne des représailles. Les liens de connivence entre la police et la mafia sont exposés au grand jour. Malgré les dangers, d’autres femmes trouvent le courage de se manifester et rejoignent Jamuna et consœurs pour préserver la forêt. Elles instaurent de nouvelles traditions, comme planter de jeunes arbres à la naissance d’un enfant ou à l’occasion d’un mariage.

Pour Jamuna, se cantonner à son village ne suffit pas : il faut voir plus loin pour préserver les forêts des villages voisins. Elle convainc ces villages de prendre des mesures contre le bûcheronnage illégal. Actuellement, 10 000 femmes réparties dans 300 villages travaillent ensemble pour mettre fin à l’abattage des forêts. Jamuna témoigne : « Aussi longtemps que nous vivrons, nous nous consacrerons à la préservation des forêts et à la plantation de nouveaux arbres. » Jamuna a reçu plusieurs prix prestigieux, en reconnaissance de sa détermination et de son courage.

Étude de cas n° 2 : Grèves scolaires pour le climat

Frustrée par la réticence des gens à reconnaître la crise climatique et à agir en conséquence, ainsi que par l’absence de leadership et de changement de la part des responsables politiques, Greta Thunberg, alors âgée de 15 ans, commence un sitting avec une pancarte devant le Parlement suédois tous les vendredis du mois d’août 2018. Puis au cours des trois semaines qui ont précédé les élections en Suède, elle poursuit son sitting tous les jours d’école pour réclamer une action urgente. Les médias couvrent son action. À mesure que la nouvelle se répand, d’autres jeunes de sa ville la rejoignent dans les grèves scolaires, et d’autres encore organisent des actions devant les parlements locaux et les mairies du monde entier.

À l’époque, Vanessa Nakate, 22 ans, s’inquiète des conséquences de la crise climatique sur l’agriculture et les moyens de subsistance en Ouganda, où elle vit. Préoccupée par le manque de sensibilisation du public aux causes et aux conséquences de la crise, et par son absence dans les programmes scolaires, elle organise la première grève de la jeunesse en Ouganda en janvier 2019. Au départ, seulement ses frères et sœurs y participent, car beaucoup de ses camarades de classe rechignent à se joindre à elle, craignant une arrestation. Elle continue néanmoins à manifester chaque semaine, souvent seule, devant le Parlement ougandais.

D’abord ignoré ou rejeté par beaucoup, son message prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux lorsqu’elle partage des images de ses grèves sur Twitter. Fin 2019, elle est invitée à rejoindre d’autres jeunes activistes à la COP25 organisée à Madrid. Elle profite de cette aubaine pour dénoncer l’absence de voix et d’expériences africaines dans la couverture internationale de la crise climatique. Aujourd’hui, la voix de Vanessa pèse dans le mouvement de grève de la jeunesse. Elle a fondé le mouvement Rise Up pour faire écho aux perspectives africaines sur le changement climatique. L’acronyme MAPA (Most Affected People and Areas) est de plus en plus utilisé pour axer l'activisme climatique sur les besoins des communautés qui contribuent le moins, mais qui souffrent le plus de la crise climatique.

#FridaysforFuture fait partie de ce mouvement mondial plein d’espoir qui a forgé un consensus en faveur de l’action climatique chez de nombreux jeunes. En novembre 2019, 4 millions de personnes ont participé à des grèves scolaires à travers le monde.

Étude de cas n° 3 : Victoire juridique historique en faveur de la justice climatique en France

Ces dernières années, le gouvernement français (entre autres) s’est beaucoup exprimé sur la scène internationale au sujet de la crise climatique, en prenant des engagements lors de sommets, notamment dans le cadre de l’Accord de Paris visant à réduire les émissions de carbone en 2015. À l’instar de la plupart des gouvernements des pays riches et industrialisés qui polluent le plus, le gouvernement français n’a pas pris ces engagements au sérieux.

En décembre 2018, quatre ONG françaises (Notre Affaire à Tous, La Fondation pour la Nature et l’Homme, Greenpeace France et Oxfam France) ont lancé une action en justice contre l’État français pour non-respect de ses obligations climatiques, son manque d’ambition climatique et la mise en danger des droits fondamentaux des citoyen·nes français·es. En quelques semaines, plus de 2,3 millions de personnes ont signé la pétition soutenant cette action, un record en France, tous sujets confondus. Les influenceurs et influenceuses sur les réseaux sociaux ont joué un rôle clé. Un clip vidéo accompagnant le lancement a été visionné 14 millions de fois sur Facebook et 1 million de fois sur YouTube.

Le 3 février 2021, un tribunal français a jugé que l’inaction de l’État pour lutter contre le changement climatique était illégale et que l’État français était en tort pour ne pas avoir pris de mesures suffisantes conformément à ses engagements juridiques. Il a également reconnu les dommages causés à l’environnement par l’inaction de la France sur les questions climatiques. Il s’agit d’un précédent juridique important. Le gouvernement est ainsi tenu d’étudier les demandes d'indemnisation des citoyen·nes français·es ayant subi des dommages liés au climat, comme les victimes d’inondations ou dans l’agriculture et la viticulture. Le délai accordé par le tribunal à l’État français pour agir afin de limiter ses émissions de gaz à effet de serre a expiré le 31 décembre 2022. Les plaignant·es réclament une sanction financière à partir de 2023 pour obliger l’État à agir.

Cette affaire s’inscrit dans un mouvement mondial de plus en plus vaste qui consiste à engager des actions en justice pour obliger les gouvernements et d’autres parties prenantes à lutter contre le changement climatique. Elle s’est inspirée d’une affaire similaire qui a eu lieu aux Pays-Bas et a vu le gouvernement contraint de réviser à la hausse son objectif de réduction des émissions. En Colombie, 25 jeunes ont obtenu de la Cour suprême qu’elle reconnaisse la nécessité d’agir contre la déforestation et en faveur de la protection du climat. Au Pakistan, le fils d’un agriculteur a obtenu la reconnaissance du droit à la vie et à l’accès à la nourriture face au changement climatique.

Activité 1.4 : Aborder le changement sous différents angles

Timing: Temps imparti : 10 minutes
Image décrite

Après avoir lu les trois études de cas, réfléchissez aux questions suivantes :

  • Quels sont les différents facteurs qui ont motivé les changements dans les trois études de cas ?
  • Qui sont les acteurs et les actrices du changement et quel a été leur rôle ?
  • À quels niveaux le changement s’est-il produit (niveau personnel/ménage/communauté/pays/monde) ?
  • Le changement a-t-il été déclenché par un événement soudain et/ou s’inscrit-il dans le cadre d’une évolution ou d’une tendance plus large ?
  • Quels sont les aspects planifiés, les changements délibérés et ceux qui sont plus spontanés, imprévisibles ou même involontaires ?
  • Y a-t-il eu des groupes affectés négativement et d’autres qui se sont opposés au changement ?
  • Quels changements à long terme ou à plus grande échelle ces études de cas suggèrent-elles comme possibles ?

En vous appuyant sur cet exercice, ajoutez vos réflexions sur la manière dont le changement se produit dans la zone de texte ci-dessous, dans le document « Plan de mise en œuvre du changement » ou dans votre carnet de notes.

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1.7 Qu’est-ce qui motive à agir pour le changement ?

1.9 Quel est le changement que vous souhaitez apporter ?