3.6 Présentation de l’analyse du pouvoir

Image décrite
Personnel de campagne d’Oxfam avec des masques représentant les dirigeant·es du G7 lors d’une manifestation à Munich en 2022, les exhortant de prendre les bonnes décisions pour lutter contre la pandémie de COVID-19 dans le cadre de la campagne Un vaccin pour tou·te·s.

L’analyse du pouvoir est un outil qui permet de mieux comprendre où se situe le pouvoir dans les processus de changement social. En plus de nous aider à identifier les personnes avec lesquelles nous devons nous impliquer pour réaliser le changement, elle suscite des interrogations pour veiller à ce que toute action soit fondée sur l’implication des personnes que nous cherchons à soutenir et dont nous espérons qu’elles bénéficieront du changement.

Les résultats d’un changement peuvent être imprévisibles et nuire à celles et ceux que nous essayons justement d’aider ou à d’autres personnes que nous avions occultées. En consultant et en impliquant les personnes visées dans tout processus de changement qui les concerne, cette imprévisibilité est en partie éliminée et on obtient de meilleurs résultats.

Il existe de nombreuses façons d’appréhender le pouvoir.

De nombreuses organisations activistes ont identifié deux cadres utiles, à savoir l’approche des quatre expressions du pouvoir et l’approche des formes de pouvoir. Ces cadres peuvent nous aider à comprendre les différents aspects du pouvoir et à en déduire des stratégies qui nous aident à influencer le changement ou à y contribuer. Aucun cadre n’est adapté à toutes les situations, et il est tout à fait possible de définir le vôtre. Il s’agit d’essayer différents outils et d’identifier une conception du pouvoir utile pour mieux comprendre une situation donnée.

Prenons pour exemple l’étude de cas du peuple Chiquitano en Bolivie pour comprendre comment ces deux cadres (les quatre expressions du pouvoir et les formes de pouvoir) nous aident à analyser la manière dont le changement se produit.

Peuple Chiquitano en Bolivie

Le 3 juillet 2007, après douze années de lutte acharnée et souvent frustrante, le peuple Chiquitano en Bolivie (soit quelque 9 000 personnes) a obtenu le titre légal sur le territoire autochtone de Monteverde dans le département de Santa Cruz dans l’est du pays, sur une superficie d’un million d’hectares.

Evo Morales, le premier président issu d'un peu autochtone du pays, a assisté à la cérémonie avec plusieurs de ses ministres. Parmi les personnes présentes figuraient également trois maires élu·es, dix membres du conseil municipal (six femmes et quatre hommes), un sénateur, un député et deux membres de l’Assemblée constituante, toutes et tous issu·es du peuple Chiquitano.

Un tel événement aurait été inimaginable pour la génération précédente, tant pour la communauté autochtone que pour la représentation des femmes au niveau local. Jusque dans les années 1980, le peuple Chiquitano vivait dans des conditions quasi féodales, à travailler sans rémunération pour les autorités locales, les propriétaires terriens et l’Église, sans possibilité de posséder des terres.

Aujourd’hui, plus de 15 ans après cette victoire historique sur l’accès à leurs terres, les leaders Chiquitano déclarent que leur combat est loin d’être terminé. L’accès aux soins de santé, à l’éducation et aux infrastructures de base (en matière de couverture réseau pour la téléphonie mobile, par exemple) fait toujours défaut. Certains changements positifs sont toutefois à noter, avec quelques élèves issu·es de leurs communautés accédant pour la première fois à l’enseignement supérieur. Cette avancée soulève un nouveau défi, avec le risque que ces mêmes personnes quittent définitivement les communautés Chiquitano.

La déforestation menée par les sociétés d’exploitation forestière et minière constitue une menace supplémentaire. Les autorités ne font rien, parce que les agent·es de la fonction publique sont payé·es par ces entreprises. Ces mêmes entreprises soudoient certaines communautés et leurs leaders, ce qui provoque des divisions sociales. Les sociétés d’exploitation forestière et minière sont souvent perçues comme travaillant de pair avec des personnes issues des hauts plateaux, plus proches du centre du pouvoir, où sont prises les décisions concernant le cap économique que le pays doit suivre. Le gouvernement, toujours dirigé par le parti d’Evo Morales malgré les épisodes de crise de ces dernières années, semble avoir besoin des revenus des ressources naturelles pour financer les services essentiels.

3.5 Définition de la notion de « pouvoir »

3.7 Les quatre expressions du pouvoir