3.8 Les formes de pouvoir
Passons désormais au second cadre.
Les formes de pouvoir auxquelles nous faisons référence sont le pouvoir visible, le pouvoir caché et le pouvoir invisible. L’importance relative de chaque forme change en fonction du contexte.
- Pouvoir visible : il s’agit du pouvoir qui est visible dans les espaces publics ou dans les prises de décision formelles. Il a trait au pouvoir observable négocié par le biais des institutions. On peut par exemple citer les organes politiques comme le corps législatif, les organes gouvernementaux, les assemblées locales ou les forums consultatifs, ainsi que leur mode de fonctionnement. Cela peut également se rapporter au processus décisionnel dans nos propres organisations. Il s’agit de la forme de pouvoir qui domine les discussions dans les médias, des rouages de la politique formelle. Cette forme de pouvoir comprend des processus politiques, réglementaires et budgétaires formels. Elle peut également faire référence aux règles et aux lois en vigueur dans la société, ainsi qu’aux autorités chargées de les faire respecter, notamment la police, l’armée et le système judiciaire.
- Pouvoir caché : contrôle sur les personnes qui détiennent un pouvoir visible par une action/influence en coulisse. Comment l’argent (par exemple le financement des campagnes électorales ou la corruption) façonne-t-il l’action/inaction politique ? Qui fait pression sur qui ? Qui décide des personnes invitées à une réunion, ou qui prend la parole ? Qui encadre le débat et fixe l’ordre du jour ? Qu’est-ce qui est inscrit à l’ordre du jour et qu’est-ce qui n’y figure pas ? Quelles sont les personnes dont les points de vue sont jugés « inutiles » ? Comment le gain personnel affecte-t-il les choix et les actions de différents individus ?
- Pouvoir invisible : aspects de la société qui façonnent l’image que les gens se font du monde et la place qu’ils y occupent. On peut citer les normes, les croyances, les idéologies, les privilèges et la culture. Cette forme de pouvoir définit souvent ce qui est considéré comme bien ou mal, acceptable ou normal. S’il peut être utilisé pour créer un consensus ou pour donner du pouvoir aux citoyen·nes, le pouvoir invisible peut aussi être utilisé pour dominer les autres. Il détermine la manière dont nous nous traitons les un·es les autres, si certains groupes sont systématiquement privilégiés ou exclus, et si des groupes sont ciblés comme « l’autre » sur des critères comme le genre, l’origine ethnique, la classe, la religion ou tout autre critère d’identité.
Appliquons désormais ce cadre pour comprendre le processus de changement dans l’étude de cas du peuple Chiquitano :
La victoire du peuple Chiquitano a nécessité un changement profond du pouvoir invisible, avec une transformation identitaire à mesure que grandissait leur auto-identification en tant qu’autochtones. Cette évolution s’est accompagnée d’une organisation progressive et d’une capacité à comprendre et à affronter le pouvoir caché qui empêchait le peuple Chiquitano de participer à la politique officielle et même de fréquenter les espaces publics dans la ville. Ce n’est qu’ensuite qu’il a pu accéder à un pouvoir visible, tant au niveau local que national.
3.7 Les quatre expressions du pouvoir


