4.4 Comment collaborer avec d’autres pour obtenir des changements

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Daw Ma Khine Oo est l’incarnation d’un leadership féminin efficace. Avec le soutien d’Oxfam, Daw Ma Khine Oo est très active au sein de sa communauté, défendant les besoins de celle-ci et soutenant les autres lorsque leurs droits sont bafoués.

Nous connaissons toutes et tous des exemples stimulants de mouvements nationaux ou mondiaux en faveur du changement. Voici deux études de cas illustrant le pouvoir de l’action collective dans des communautés où, malgré des contextes locaux difficiles, l’action citoyenne a permis de changer les politiques, les pratiques, les attitudes et les comportements au niveau local.

Un groupe a renforcé son pouvoir de négociation en travaillant ensemble, tandis que l’autre a aiguisé son pouvoir de persuasion en faisant campagne ensemble.

Petit vaccin contre les violences domestiques

À partir de janvier 2020, de nombreuses villes chinoises, dont Wuhan, sont confinées en raison de l’épidémie de COVID.

Au début du confinement, Guo Jing se sent vulnérable et impuissante face à l’augmentation spectaculaire du nombre d’infections. Elle commence à communiquer régulièrement avec ses amies en ligne et crée après quelques jours un groupe WeChat de soutien à la cause féministe. Le groupe aborde le confinement à travers un prisme féministe, discutant des moyens de faire face aux impacts sociaux et explorant des stratégies pour aider les individus à surmonter un sentiment de vulnérabilité, en particulier pour les jeunes femmes comme elles.

Au cours de leurs discussions, elles réalisent que l’épidémie exacerbe les discriminations sexuelles et les violences domestiques à l’encontre des femmes. Enfermés dans un espace confiné pendant une longue période, de nombreux hommes évacuent leurs frustrations refoulées sur les membres de leur famille.

Guo et ses amies décident de lancer une campagne intitulée « Petit vaccin contre les violences domestiques ». Le groupe publie une lettre ouverte en ligne appelant à mettre fin aux violences domestiques et encourageant les gens à copier ou à imprimer la lettre et à l’afficher dans les espaces publics. La réponse ne s’est pas faite attendre : « En l’espace de quelques heures, plusieurs milliers de personnes se sont portées volontaires pour devenir des "petits vaccins". » De nombreuses personnes ont composé le numéro de téléphone de la ligne d’assistance dédiée aux droits des femmes, gérée par la Fédération nationale des femmes de Chine, afin de s’assurer qu’elle était bien opérationnelle. D’autres ont apporté leur témoignage sur les violences domestiques dont elles avaient fait l’objet. Le compte Weibo de la campagne a été consulté plus de 8 millions de fois, avec de nombreux commentaires en soutien de la campagne. Une participante a déclaré : « Nous devrions toutes devenir des spectatrices actives et refuser de rester silencieuses face aux violences domestiques qui nous entourent ! »

Le militantisme féministe est un sujet politiquement sensible en Chine. Mais il est possible de lutter contre les violences domestiques, moyennant la bonne approche. La campagne a attiré quelques hommes et a reçu le soutien de parents. Elle est un bon exemple d’activisme en temps de crise et d’état d’urgence. L’esprit collectif et l’intensité émotionnelle générés peuvent être mobilisés à des fins militantes, et les effets peuvent être plus puissants qu’en temps normal.

Des femmes œuvrant pour la paix au Yémen plaident pour la réouverture de l’aéroport de Riyan

Le conflit au Yémen a plongé le pays dans l’une des pires crises humanitaires au monde. Selon les Nations Unies, plus de 21 millions de personnes au Yémen ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence. Les citoyen·nes yéménites n’ont pas accès aux fournitures médicales ni aux denrées alimentaires et ne sont pas libres de circuler dans le pays ou à l’étranger. Les femmes et les jeunes filles sont soumises à des restrictions de circulation encore plus contraignantes. Malgré les difficultés et la participation limitée des femmes dans l’arène politique, les femmes œuvrant pour la paix au Yémen travaillent sans relâche pour alléger les souffrances de leurs communautés.

Dans la ville côtière de Mukalla, capitale du gouvernorat de l’Hadramaout, l’aéroport international de Riyan a été fermé en avril 2015 après la prise de contrôle de la ville par Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQAP). Bien que la ville ait été libérée d’AQAP l’année suivante, l’aéroport est resté fermé. Sans accès à l’aéroport, les habitant·es de Mukalla doivent parcourir plus de 300 km sur des routes dangereuses pour se rendre à l’aéroport de Say’un. Pour les personnes souffrant de pathologies graves, ce périple était dangereux, voire impossible.

Un groupe de femmes de l’Hadramaout a commencé à plaider en faveur de la réouverture de l’aéroport de Riyan. La campagne s’est articulée autour de deux axes : d’une part l’organisation de réunions avec les principales parties prenantes et les décisionnaires afin de faire pression pour la réouverture de l’aéroport, et d’autre part l’utilisation de moyens créatifs pour sensibiliser la communauté et gagner le soutien du public.

Ce groupe de femmes a utilisé l’art et les rassemblements communautaires pour son travail de sensibilisation et de plaidoyer. Il a produit un court métrage illustré intitulé « The Longest Way to Our Dreams » (Le chemin le plus long vers nos rêves), qui met en scène une jeune fille victime d’un accident de voiture qui a bouleversé sa vie et qui n’a pas pu se faire soigner à cause de la fermeture de l’aéroport. Il a organisé des rassemblements communautaires au cours desquels les personnes touchées par cette fermeture ont pu raconter leur histoire. Il a ensuite compilé dix de ces récits personnels dans une brochure intitulée « Unforgettable » (Inoubliable), qui contient des histoires, des dessins d’enfants et des poèmes décrivant les souffrances causées par le conflit au Yémen.

En janvier 2019, le gouverneur de l’Hadramaout a accompagné ce groupe de femmes œuvrant pour la paix lors d’une visite à l’aéroport de Riyan. Cette visite a été couverte par les chaînes de télévision et les médias locaux, et largement diffusée sur les réseaux sociaux. Le gouverneur adjoint chargé de la jeunesse dans l’Hadramaout a déclaré : « Grâce au réseautage et au travail de plaidoyer, ces femmes ont pu faire remonter de manière pacifique leurs demandes aux responsables des autorités locales et aux décisionnaires... Elles ont toutes leur place dans des postes à responsabilité. » Le gouverneur de l’Hadramaout a demandé à l’ensemble des employé·es de l’aéroport de reprendre leur poste en avril 2021.

Lors de la cérémonie de clôture de la campagne de sensibilisation, une membre du groupe de femmes de l’Hadramaout a déclaré : « Nous avons prouvé que les femmes peuvent faire la différence. Nous avons atteint les objectifs que nous nous étions fixés au lancement du projet et nous continuerons à défendre diverses priorités pour la communauté. »

4.3 Qu’entendons-nous par « action collective » ?

4.5 « Rien sur nous sans nous »