6.3 Les récits comme forme de pouvoir

Image décrite
Oumarou Hega Nourrath, slameuse et coordinatrice de l’ONG Debbo’arts, organise au Niger des festivals et des débats qui rassemblent des jeunes filles de toutes les régions du pays pour discuter de diverses thématiques touchant au bien-être des femmes.

Dans le cadre du travail d’influence mené par les acteurs et les actrices du changement, deux aspects de la narration sont importants.

Le premier porte sur la façon dont les acteurs et les actrices du changement peuvent utiliser des techniques de narration dans les messages pour inciter les gens à agir (voir les exemples précédents).

Le second est lié à la manière dont différents groupes, selon les cultures et les nations, interprètent les événements ou la réalité et les transforment en vérités, croyances, idéologies et perceptions de ce qui est bien ou mal. Ces deux aspects ont un impact direct sur les actions et le comportement des personnes et sur l’établissement de normes sociales. Ces récits sont une forme de pouvoir invisible (voir le Module 3).

Les récits sont constitués de nombreuses histoires, de représentations de connaissances, de tweets, de visuels, de vidéos, de mèmes, de contenus en ligne, de conversations hors ligne, d’entretiens et de discours qui contribuent à perpétuer des idées profondément ancrées dans la société et la population. Les récits dominants contribuent à légitimer les relations de pouvoir existantes et à les faire paraître normales, naturelles ou correctes. Ils peuvent nous aider à nous sentir connecté·es ou marginalisé·es. Ils peuvent maintenir le statu quo ou au contraire provoquer le changement.

Les activistes et les organisations œuvrant pour la justice sociale et la défense des droits des femmes s’attachent de plus en plus à élaborer des récits alternatifs pour remettre en question ceux qui empêchent le changement, tant au niveau politique que dans les attitudes et les comportements des gens. Par exemple, l’idée dominante selon laquelle le travail informel et non rémunéré des femmes n’a pas de valeur économique peut être contesté par une alternative qui montre que ce travail contribue largement à la prospérité économique nationale et au bien-être de la société, et qu’il est de la responsabilité de tou·tes d’investir dans ce domaine.

En tant qu’acteurs et actrices du changement, nous pouvons conforter les récits ou au contraire les remettre en question. Nous pouvons également contribuer et même élaborer de nouveaux récits allant dans le sens du changement auquel nous aspirons. Le fait de se rapprocher de personnes différentes de nous et d’embrasser des perspectives diverses peut contribuer à donner naissance à ces nouveaux récits. Comme toujours, le pouvoir que nous tirons de l’action collective, en travaillant avec d’autres personnes, peut donner force et légitimité à notre appel au changement.

6.2 Influencer la tête, le cœur et les mains

6.4 Changer le narratif sur les inégalités